Le secret de Grosse-Île

Dimanche 17 février 2013 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Grosse-Île, centre secret de production d’armes biologiques

J’avais visité Grosse-Île dans le cadre de mes recherches pour l’écriture de ma saga, Fanette. Cette île, située à une quarantaine de kilomètres de Québec, a servi de station de quarantaine durant l’exil de dizaines de milliers d’Irlandais qui fuyaient leur pays à cause de la  famine qui y sévissait. Mais un siècle plus tard, Grosse-Île a été au cœur d’expériences autrement plus sinistres : la fabrication d’armes chimiques biologiques extrêmement dangereuses, soit l’anthraxhttp://www.phac-aspc.gc.ca/ep-mu/anthrax-fra.php et la peste bovine.

Des dizaines de milliers d'Irlandais ont été mis en quarantaine sur la Grosse Île pour éviter la contagion par le typhus

Durant ma visite de l’île, j’avais été frappée de voir d’immenses citernes de métal dans l’un des baraquements situé à l’est. En demandant à notre guide à quoi ces citernes avaient servi, il m’a répondu que des expériences sur des armes biologiques avaient été effectuées sur Grosse-Île, et que ces contenants servaient à les entreposer.

Ces recherches ont été gardées longtemps secrètes, et même maintenant, on en sait peu de choses. La plupart des archives ont été détruites ou censurées.

Un reportage intéressant sur le sujet, intitulé Projet N, diffusé à RDI en mai 2010, nous apprend que des expériences sur deux agents, l’anthrax et la peste bovine, ont été effectuées sur Grosse-Île à partir de 1942, en pleine guerre mondiale. La Grande-Bretagne et le Canada, craignant une attaque des Allemands avec des armes de ce type, avaient décidé de créer un programme de guerre biologique dans le but de fabriquer des agents bactériologiques et des vaccins. Le lieu choisi pour ces expérimentations a été Grosse-Île, bien qu’il y ait eu des objections de la part de certains scientifiques qui trouvaient que l’endroit était trop près des côtes, et que le risque de contamination était élevé. Grosse-Île avait désormais pour nom «War Desease Control Station», la station de contrôle des maladies de guerre.

Des recherches bactériologiques menées dans le plus grand secret pendant la Deuxième Guerre Mondiale…

Une trentaine de scientifiques britanniques et canadiens, triés sur le volet, ont donc travaillé à  la station dans le plus grand secret. Les soldats et gardiens qui surveillaient l’île n’étaient pas au courant des expériences qui y étaient menées. À l’ouest de la station, le projet R était consacré à l’étude de la peste bovine. À l’est, on travaillait au projet N, c’est-à-dire sur l’anthrax, un bacille virulent qui avait déjà été expérimenté sur une colonie de moutons, dans une île isolée d’Écosse, et avait tué tous les animaux en quelques jours, contaminant les lieux au complet.

Il y avait plusieurs avantages à développer l’anthrax : on pouvait facilement l’introduire dans des bombes, et on possédait déjà un antidote en cas de contamination. En 1943, le premier ministre britannique, Winston Churchill, pressait les Canadiens d’accélérer la fabrication de bombes à l’anthrax en vue d’une attaque qui visait six villes allemandes, dont Berlin, Stuttgart et Francfort. Ce projet d’attaque a finalement été abandonné. Avec l’arrivée de la bombe atomique et la reddition de l’Allemagne, l’utilisation des armes biologiques n’était plus nécessaire…

Mais entre-temps, des techniciens qui travaillaient sur Grosse-Île ont été contaminés par l’anthrax et transportés dans un hôpital de Québec, où ils ont été mis en quarantaine. Une fuite se serait également produite dans l’une des citernes. Des mouches ont été détectées sur les plateaux contenant l’anthrax, ce qui présentait un risque de contamination élevé, étant donné que les ces insectes se déplacent facilement et peuvent transporter les bactéries.

Les activités de production d’armes biologiques cessèrent en 1956. L’inventaire des produits d’anthrax qui se trouvait toujours sur Grosse-Île à la fin des travaux était de 439 litres d’anthrax, soit une quantité suffisante pour tuer 30 fois toute la population mondiale de l’époque…

Thomas Stovell, l’un des scientifiques qui ont travaillé dans la station à l’époque, fut chargé de la décontamination des laboratoires qui avaient servi à la fabrication de l’anthrax. Stovell affirme que les stocks d’anthrax furent transportés dans des barils, mélangés à des solvants, puis jetés dans le fleuve Saint-Laurent. Or, l’anthrax reste actif et dangereux pendant une centaine d’années après sa fabrication. De quoi donner des frissons dans le dos…




La condition des femmes au 19e siècle…

Jeudi 14 février 2013 / LES MORDUS D'HISTOIRE


… et même au 20e siècle !

En cette fête de la Saint-Valentin, je pourrais vous parler d’amour, mais j’ai plutôt envie de vous parler de la condition des femmes.

Il n’y a aucun doute qu’elles ont fait d’immenses progrès depuis les dernières décennies. On serait même portés à tenir ces progrès pour acquis, sans toujours se rendre compte de toutes les luttes qu’il a fallu pour les obtenir, et du fait que les batailles pour l’égalité ne sont pas encore tout à fait terminées…

Les «suffragettes » se sont battues avec courage pour obtenir le droit de vote pour les femmes, et se sont même fait arrêter dans leur défense de ce droit élémentaire

Ces améliorations au statut des femmes, tels que le droit de vote, le droit de posséder un compte en banque ou d’exercer une profession, sont beaucoup plus récents qu’on l’imagine.

AINSI…

  • La femme passe par son mariage de la tutelle de ses parents à celle de son mari. Elle doit suivre son mari à son domicile (jusqu’en 1975).
  • Elle n’a aucun droit sur l’administration des biens communs (jusqu’en 1965).
  • Elle ne peut sans autorisation de son mari exercer une profession (jusqu’en 1965).
  • Elle ne peut disposer de ses biens personnels ni les gérer sans l’autorisation de son époux,même en cas de séparation de corps (jusqu’en 1965)
  • Elle ne peut accomplir aucun acte juridique (abrogé partiellement en 1938, définitivement en 1965)

Le Québec a été la dernière province canadienne à accorder le droit de vote aux femmes, en 1940.

Ce sont des droits précieux, acquis de haute lutte. Ne l’oublions jamais…




La naissance des grands magasins

Vendredi 25 janvier 2013 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Avez-vous lu le délicieux roman d’Émile Zola,  Au Bonheur des dames, le 11e volume de sa série Les Rougon-Macquart ? Le célèbre auteur y raconte le périple d’une jeune fille de province, Denise, qui se rend à Paris avec ses deux jeunes frères pour y tenter sa chance, après la mort de leurs parents.

Zola décrit leur arrivée à Paris, et l’admiration éperdue de Denise devant les vitrines fastueuses du grand magasin Au Bonheur des dames :

« Il y en avait pour tous les caprices, depuis les sorties de bal à vingt-neuf francs jusqu’au manteau de velours affiché dix-huit cents francs. La gorge ronde des mannequins gonflait l’étoffe, les hanches fortes exagéraient la finesse de la taille, la tête absente était remplacée par une grande étiquette, piquée avec une épingle dans le molleton rouge du col ; tandis que les glaces, aux deux côtés de la vitrine, par un jeu calculé, les reflétaient et les multipliaient sans fin, peuplaient la rue de ces belles femmes à vendre, et qui portaient des prix en gros chiffres, à la place des têtes. »

Denise, qui était vendeuse dans son patelin d’origine, Valognes, en Normandie, trouve finalement un emploi au grand magasin Au Bonheur des dames», dont le patron, Octave Mouret, est à la fine pointe de nouvelles stratégies de ventes : offrir le plus de marchandises possible, au plus bas prix… Cela ne vous rappelle-t-il pas le succès des « Wall Mart » de ce monde ?

Dans les premiers temps,  la vie de Denise comme vendeuse Au Bonheur des dames est misérable. Levée aux aurores, vivant dans une petite chambre sous les combles du grand magasin, maltraitée par les autres vendeuses, qui se moquent de sa minceur et de son immense chevelure, qu’elle a du mal à «discipliner», l’héroïne de Zola finit, de peine et de misère, par se tailler une place parmi les vendeurs -qu’on appelle aussi familièrement «calicots», du nom d’un tissu – qui se livrent une lutte sans merci pour séduire les clientes. Denise fera même la conquête du patron du Bonheur des dames, mais ça, c’est une autre histoire…

Zola s’est inspiré du grand magasin Au Bon marché pour décrire avec une précision de chirurgien l’organisation  de ces nouveaux commerces, qui fonctionnent comme de véritables ruches, de la réception des marchandises jusqu’à leur disposition dans les vitrines et dans les différents rayons. Fondé en 1838 par les frères Videau, Au Bon marché sera racheté  par Aristide et Marguerite Boucicaut en 1863.  Quelques années plus tard, devant l’énorme succès de leur magasin, le couple en entreprend l’agrandissement. Ainsi commence une révolution dans le commerce du détail. Parti de 12 employés, Au Bon marché en comprendra 1 788  en 1877

L'immense salle du grand magasin Au bon marché, avec ses galeries et ses immenses lustres.

Émile Zola ne se contente pas de dresser un portrait détaillé des grands magasins, mais il explique le déclin  inexorable des petits commerces, étouffés peu à peu par par les bas prix et la quantité inouïe de marchandises déployés par le Bon marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, la Samaritaine, nés dans l’immense chantier que constitua le Second Empire, avec la construction des Champs-Élyzées et des grands boulevards qui transformeront à jamais le visage de Paris.




Skibbereen, la ville natale de Fanette

Samedi 21 avril 2012 / LES MORDUS D'HISTOIRE


J’ai découvert une magnifique chanson  intitulée Skibbereen, le nom d’une ville située dans le comté de Cork, au Sud de l’Irlande, où mon héroïne Fanette est née. J’ai décrit cette ville portuaire dans le premier tome de Fanette (À la conquête de la haute ville), dans lequel la fillette de sept ans doit quitter son pays avec sa famille pour fuir la famine de la pomme de terre.

La chanson est attribuée à Patrick Carpenter, un poète natif de Skibbereen. Elle a été publiée en 1915 par Herbert Hugues, qui l’a découverte dans le comté de Tyrone. Les paroles sont très touchantes et prennent la forme d’un dialogue où un père explique à son fils les raisons qui l’ont obligé à quitter sa ville bien-aimée : la famine, sans oublier le fait que les familles irlandaises ont été chassées de leurs maisons par des propriétaires cupides, qui y ont mis le feu.

Cette  tragédie a affecté des centaines de milliers d’Irlandais, qui ont émigré en grand nombre vers l’Amérique du Nord, en particulier dans la ville de Québec. Je vous invite à écouter cette chanson émouvante, chantée par le groupe Shamrock (qui signifie trèfle en français), accompagnée d’images éloquentes.

Chanson «Skibbereen»

Et en voici les paroles, bouleversantes.

O, father dear I oftimes hear you speak of Erin’s Isle
Her lofty scenes, her valleys green, her mountains rude and wild
They say it is a lovely land wherein a prince might dwell
So why did you abandon it, the reason to me tell
My son, I loved my native land with energy and pride
Till a blight came over all my crops and my sheep and cattle died
The rents and taxes were to pay and I could not them redeem
And that’s the cruel reason why I left old Skibbereen
‘Tis well I do remember that bleak November (/December) day
When the bailiff and the landlord came to drive us all away
They set the roof on fire with their cursed English spleen
And that’s another reason why I left old Skibbereen
Your mother, too, God rest her soul, lay on the snowy ground
She fainted in her anguishing seeing the desolation round
She never rose, but passed away from life to immortal dreams
And that’s another reason why I left old Skibbereen
Then sadly I recall the days of gloomy forty-eight.
I rose in vengeance with the boys to battle again’ fate.
We were hunted through the mountains as traitors to the queen,
And that, my boy, is the reason why I left old Skibbereen.
Oh you were only two years old and feeble was your frame
I could not leave you with my friends for you bore your father’s name
So I wrapped you in my cóta mór at the dead of night unseen
And I heaved a sigh and I said goodbye to dear old Skibbereen
well father dear, the day will come when on vengeance we will call
And Irishmen both stout and tall will rally unto the call
I’ll be the man to lead the van beneath the flag of green
And loud and high we’ll raise the cry, « Revenge for Skibbereen! »



Une autre aventure de Fanette!

Mercredi 18 janvier 2012 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Innocent avant d’être présumé coupable

Je suis plongée en ce moment dans une intrigue qui met en scène Fanette et un personnage que j’avais introduit dans le tome 3, Julien Vanier. Il s’agit d’un jeune avocat qui avait défendu Amanda lors d’un procès inique, mené par un juge partial.  Malheureusement, l’avocat de la défense ne parvient pas à sauver Amanda, qui est déclarée du meurtre de Jean Bruneau, un négociant avec lequel elle avait fui la ferme des Cloutier, quelques années auparavant.

Donc, retour de ce personnage d’avocat dans le tome 5, que je suis en train d’écrire. Cette fois, Julien Vanier, qui a quitté la ville de Québec pour tenter sa chance à Montréal, se porte à la défense d’une jeune femme d’à peine vingt ans, Aimée Durand, qui est accusée d’avoir empoisonné son mari. (Lire la suite…)




Un rendez-vous d’histoire avec les Irlandais!

Lundi 21 novembre 2011 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Les Irlandais et le Québec

J’ai eu le plaisir de participer à l’émission Au tour de l’histoire, animée par l’écrivain et chroniqueur Jean Barbe et l’historien Éric Bédard, en compagnie de Simon Jolivet, chercheur postdoctoral et chargé de cours de l’université d’Ottawa, Isabelle Matte, doctorante en anthropologie, et Gearóid Ó hAllmhuráin, titulaire de la Chaire Johnson en études canado-irlandaises au Québec.

Pendant 58 minutes, sans pause publicitaire et sans montage, nous avons parlé à bâtons rompus des raisons pour lesquelles des dizaines de milliers d’Irlandais ont quitté leur pays au milieu du 19e siècle, et pourquoi nombre d’entre eux ont choisi le Canada, voire le Québec, comme terre d’accueil. Qu’ont emporté avec eux les Irlandais au Québec ? Quelles sont les convergences et les divergences entre Irlandais et Québécois francophones ? Qu’est-ce que l’histoire de l’Irlande peut nous apprendre ? Pourquoi est-il intéressant de comparer l’expérience historique des Irlandais et celle des Québécois ? Nous avons abordé toutes ces questions avec notre passion de l’histoire, et de l’apport unique des Irlandais à ce que nous sommes.

Voici l’horaire de l’émission, diffusée à Vox:

dimanche 20 novembre 21 h 30
mardi 22 novembre 6 h 30
mercredi 23 novembre 21 h 30
dimanche 27 novembre 15 h

http://voxtv.ca/montreal/emissions/au_tour_de_lhistoire.php

Dernière diffusion ce dimanche, à 15 heures!

Si vous n’avez pas eu la chance de voir l’émission, vous pouvez la visionner sur Illico:

http://illicoweb.videotron.com/illicoweb/chaines/VOX/109134/Au-tour-de-lhistoire




La prison du Pied au Courant

Mardi 31 mai 2011 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Une prison moderne

Qui n’a pas entendu parler de la prison du Pied au Courant, dans laquelle ont été emprisonnés et exécutés des patriotes lors des Rébellions de 1837-1838? Le tristement célèbre édifice fut construit à partir de 1835 dans le sud-est de Montréal, au pied du fleuve, d’où le nom du Pied du Courant. Conçue par l’architecte George Blailock, de Québec,  la prison, en forme de T inversé, s’inspirait du concept dit de « Philadelphie », qui privilégiait une approche plus « moderne » de l’incarcération.

En effet, contrairement aux prisons traditionnelles où les prisonniers étaient le plus souvent entassés dans des geôles communes, sans distinction de sexe ou de la nature du crime, le Pied du Courant comprend deux ailes construites de part et d’autre d’un bloc central. Chaque cellule est munie d’une fenêtre «pour permettre un éclairage et une ventilation individuels[1]».

Les prisonniers sont répartis selon la gravité de leur crime : «Au sous-sol, les cellules assez spacieuses sont destinées aux condamnés. Les cellules du rez-de-chaussée, plus étroites, sont occupées par ceux dont les peines sont plus légères. Au premier, dans des cellules de même dimension, logent les prévenus. Au deuxième, on retrouve, dans des cellules plus confortables, les mauvais créanciers. Enfin, au dernier étage du bâtiment central se situent la chapelle et les dortoirs des prisonniers affectés à l’entretien de la prison. [2]»

Il n’en reste pas moins qu’une prison est une prison. Lors des Rébellions de 1837-1837, des centaines de patriotes furent incarcérés au Pied-du-Courant. C’est sur la potence édifiée au-dessus du portail de la prison que furent pendus douze des patriotes condamnés à mort par une cour martiale.  C’est dans cette même prison que j’ai imaginé une partie de l’action du tome 5 de Fanette, que je suis en train d’écrire…

Source intéressante :

http://cgi2.cvm.qc.ca/glaporte/1837.pl?out=article&pno=n00028&cherche=ANALYSE


[1] Source : L’Action nationale, 88, no 3, mars 1998, p. 137-146.

[2] idem




Les grandes oubliées de l’histoire

Lundi 11 avril 2011 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Elles ont fait l’Amérique

Serge Bouchard, un anthropologue, écrivain et animateur radiophonique bien connu, dont l’émission de radio De remarquables oubliés se consacre à des personnages fascinants qui ont été laissés pour compte dans les livres d’histoire, a donné une causerie à la librairie Olivieri le 7 avril dernier, en compagnie de Marie-Christine Lévesque, afin de témoigner cette fois sur la vie de femmes remarquables oubliées par l’histoire.

D’entrée de jeu, l’anthropologue déclare que son dernier ouvrage, Elles ont fait l’Amérique. De remarquables oubliés (tome 1) coécrit avec Mme Lévesque, est « L’histoire d’une indignation, celle du peu de place qui est faite aux Amérindiens dans notre histoire. » Et c’est cette indignation qui a mené à la passion de sa vie pour l’Amérique des premières nations. Pour Bouchard,  «l’histoire passe par ce qu’on ne dit pas. »

Les auteurs dressent le portrait de quinze femmes hors du commun, d’origines diverses (amérindienne, métisse, canadiennes, noire) qui ont connu un destin à la fois tragique et fabuleux, bien qu’elles aient laissé peu de traces de leur passage, sinon dans le récit que des témoins en ont fait. C’est grâce à ces témoignages, lettres, bribes éparses, dessins, que les auteurs ont pu sortir ces femmes des limbes et les faire revivre.

Parmi elles, Shanadithit,  la dernière des Béothuks, une tribu issue de la grande famille algonquienne,  qui occupait l’Île de Terre-Neuve dès le 14e siècle et a été ensuite entièrement décimée, victime de maladies et de massacres. Shanadithit, qui a 23 ans en 1823, se terre avec sa famille afin d’échapper  aux chasseurs qui reçoivent des primes alléchantes pour capturer ce qui reste de Béothuks dans l’île. Capturée finalement par des chasseurs terre-neuviens avec sa sœur et sa mère, elle est expédiée à St. Johns. On l’habille alors à l’anglaise, et on la renomme Nancy April. Elle a un grand talent pour le dessin. C’est grâce à ses esquisses que l’histoire tragique des Béothuks est reconstituée et ne sombrera pas dans la nuit des temps. Dernière survivante de sa race, elle meurt en 1829 des suites de la tuberculose.

À travers ces portraits de pionnières, aventurières, diplomates, scientifiques, exploratrices ou artistes, très loin des clichés que l’on se fait des femmes soumises ou victimes passives de  leur destin, c’est le visage de l’Amérique  moderne qui se dessine sous nos yeux.




L’expédition tragique de John Franklin

Mardi 5 avril 2011 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Du bon usage des mots

Avant même de m’engager dans l’aventure de Fanette, j’étais passionnée par la littérature du 19e siècle, qui a produit de grands romanciers – ou peut-être les grands romanciers ont-ils produit le 19e siècle… Les Balzac, Sand, Zola, Tolstoï, Dumas, pour ne nommer que ceux-là, ont construit une œuvre monumentale, à l’image de ce siècle mouvementé, qui fut marqué par les guerres napoléoniennes ainsi que par de grandes découvertes (l’usage de la vapeur pour propulser les navires et les trains, le vaccin contre le choléra, à titre d’exemples), des tragédies telles l’exode de centaines de milliers d’Irlandais fuyant la famine en 1847 et l’expédition de sir John Franklin, mise sur pied afin de découvrir le fameux passage du Nord-Ouest, et dont personne ne revint jamais.

Le passage du Nord-Ouest (1874), une peinture de John Everett Millais représentant la frustration britannique après l'échec dans la conquête du passage

C’est en me documentant sur la famine irlandaise que je me suis intéressée de plus près à cette expédition de Franklin, qui traduisait aussi bien la soif victorienne de repousser les frontières et de conquérir de nouveaux territoires que le désir de mieux connaître ce mystérieux passage, situé aux confins de l’arctique Canadien, qu’aucun navigateur n’avait jusqu’alors réussi à traverser.


Dans son premier roman Le bon usage des étoiles, paru en 2008 aux éditions Alto (maintenant en livre de poche), Dominique Fortier raconte le sort tragique de l’expédition Franklin par le truchement du journal de bord du second, un nommé Francis Crozier, qui fait le récit de la vie quotidienne à bord des deux navires. Bientôt prisonnier des glaces, l’équipage meurt peu à peu, victime du scorbut, de la faim et des suites d’empoisonnements causés par le plomb contenu dans les boîtes de conserve.

C’est cette lente descente dans cet enfer de glace, d’une beauté terrifiante, bien plus que les incursions dans la société britannique de l’époque, qui m’a vraiment rivée à mon fauteuil. Faisant preuve d’une érudition non dénuée d’humour, l’auteure parvient à nous immerger dans les rêves d’hommes assoiffés de connaissances, jusqu’à ce que ces mêmes rêves se brisent sur les écueils indomptables du Grand Nord.




Le secret de Grosse-Île

Vendredi 25 février 2011 / LES MORDUS D'HISTOIRE


Grosse-Île, centre secret de production d’armes biologiques

J’avais visité Grosse-Île dans le cadre de mes recherches pour l’écriture saga saga Fanette. Cette île, située à une quarantaine de kilomètres de Québec, a servi de station de quarantaine durant le grand exode de milliers d’Irlandais qui fuyaient leur pays à cause de la terrible famine qui y sévissait. Mais un siècle plus tard, Grosse-Île a été au cœur d’expériences autrement plus sinistres : la fabrication d’armes biologiques extrêmement dangereuses, l’anthrax et la peste bovine.

Durant ma visite de l’île, j’avais été frappée de voir d’immenses citernes de métal dans l’un des baraquements situé à l’est. En demandant à notre guide à quoi ces citernes avaient servi, il m’a répondu que des expériences sur des armes bactériologiques avaient été effectuées sur Grosse-Île, et que ces contenants servaient à les entreposer.

Ces recherches ont été gardées longtemps secrètes, et même maintenant, on en sait peu de choses. La plupart des archives ont été détruites ou censurées.

Un reportage intéressant sur le sujet, intitulé Projet N, diffusé à RDI en mai 2010, nous apprend que des expériences sur deux agents bactériologiques, l’anthrax et la peste bovine, ont été effectuées sur Grosse-Île à partir de 1942, en pleine guerre mondiale. La Grande-Bretagne et le Canada, craignant une attaque des Allemands avec des armes biologiques, avaient décidé de créer un programme de guerre biologique dans le but de fabriquer des agents bactériologiques et des vaccins. Le lieu choisi pour ces expérimentations a été Grosse-Île, bien qu’il y ait eu des objections de la part de certains scientifiques qui trouvaient que l’endroit était trop près des côtes, et que le risque de contamination était élevé. Grosse-Île avait désormais pour nom «War Desease Control Station», la station de contrôle des maladies de guerre.

Une trentaine de scientifiques britanniques et canadiens, triés sur le volet, ont donc travaillé à  la station dans le plus grand secret. Les soldats et gardiens qui surveillaient l’île n’étaient pas au courant des expériences qui y étaient menées. À l’ouest de la station, le projet R était consacré à l’étude de la peste bovine. À l’est, on travaillait au projet N, c’est-à-dire sur l’anthrax, un bacille virulent qui avait déjà été expérimenté sur une colonie de moutons, dans une île isolée d’Écosse, et avait tué tous les animaux en quelques jours, contaminant les lieux au complet.

Il y avait plusieurs avantages à développer l’anthrax : on pouvait l’introduire facilement dans des bombes, et on possédait déjà un antidote en cas de contamination. En 1943, le premier ministre britannique, Winston Churchill, pressait les Canadiens d’accélérer la fabrication de bombes à l’anthrax en vue d’une attaque qui visait six villes allemandes, dont Berlin, Stuttgart et Francfort. Ce projet d’attaque a finalement été abandonné. Avec l’arrivée de la bombe atomique et la reddition de l’Allemagne, l’utilisation des armes biologiques n’était plus nécessaire…

Mais entre-temps, des techniciens qui travaillaient sur Grosse-Île ont été contaminés par l’anthrax et transportés dans un hôpital de Québec, où ils ont été mis en quarantaine. Une fuite se serait également produite dans l’une des citernes. Des mouches ont été détectées sur les plateaux contenant l’anthrax, ce qui présentait un risque de contamination élevé, étant donné que les ces insectes se déplacent facilement et peuvent transporter les bactéries.

Les activités de production d’armes biologiques cessèrent en 1956. L’inventaire des produits d’anthrax qui se trouvait toujours sur Grosse-Île à la fin des travaux était de 439 litres d’anthrax, soit une quantité suffisante pour tuer 30 fois toute la population mondiale de l’époque…

Thomas Stovell, l’un des scientifiques qui ont travaillé dans la station à l’époque, fut chargé de la décontamination des laboratoires qui avaient servi à la fabrication de l’anthrax. Stovell affirme que les stocks d’anthrax furent transportés dans des barils, mélangés à des solvants, puis jetés dans le fleuve Saint-Laurent. Or, l’anthrax reste actif et dangereux pendant une centaine d’années après sa fabrication. De quoi donner des frissons dans le dos…

http://www.cyberpresse.ca/arts/television/201005/31/01-4285306-le-projet-n-le-secret-de-grosse-ile.php

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/television-et-radio/201005/30/01-4285216-une-arme-secrete-se-cachait-a-la-grosse-ile.php


 
 

Fanette, tome V
Les ombres du passé

Procurez-vous le dernier volume de la saga Fanette.

Fanette, tome IV
L’encre et le sang

Procurez-vous le quatrième volume de la saga Fanette.

Fanette, tome III
Le secret d’Amanda

Procurez-vous le volume 3 des romans sur la vie de Fanette.

Fanette, tome II
La Vengeance du Lumber Lord

Retrouvez Fanette dans le tome 2.

Fanette, tome I
À la conquête de la haute ville

Le premier volet de cette saga historique au Québec du XIXe siècle.

 
 
 

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