Grosse-Île, centre secret de production d’armes biologiques
J’avais visité Grosse-Île dans le cadre de mes recherches pour l’écriture de ma saga, Fanette. Cette île, située à une quarantaine de kilomètres de Québec, a servi de station de quarantaine durant l’exil de dizaines de milliers d’Irlandais qui fuyaient leur pays à cause de la famine qui y sévissait. Mais un siècle plus tard, Grosse-Île a été au cœur d’expériences autrement plus sinistres : la fabrication d’armes chimiques biologiques extrêmement dangereuses, soit l’anthraxhttp://www.phac-aspc.gc.ca/ep-mu/anthrax-fra.php et la peste bovine.

Des dizaines de milliers d'Irlandais ont été mis en quarantaine sur la Grosse Île pour éviter la contagion par le typhus
Durant ma visite de l’île, j’avais été frappée de voir d’immenses citernes de métal dans l’un des baraquements situé à l’est. En demandant à notre guide à quoi ces citernes avaient servi, il m’a répondu que des expériences sur des armes biologiques avaient été effectuées sur Grosse-Île, et que ces contenants servaient à les entreposer.
Ces recherches ont été gardées longtemps secrètes, et même maintenant, on en sait peu de choses. La plupart des archives ont été détruites ou censurées.
Un reportage intéressant sur le sujet, intitulé Projet N, diffusé à RDI en mai 2010, nous apprend que des expériences sur deux agents, l’anthrax et la peste bovine, ont été effectuées sur Grosse-Île à partir de 1942, en pleine guerre mondiale. La Grande-Bretagne et le Canada, craignant une attaque des Allemands avec des armes de ce type, avaient décidé de créer un programme de guerre biologique dans le but de fabriquer des agents bactériologiques et des vaccins. Le lieu choisi pour ces expérimentations a été Grosse-Île, bien qu’il y ait eu des objections de la part de certains scientifiques qui trouvaient que l’endroit était trop près des côtes, et que le risque de contamination était élevé. Grosse-Île avait désormais pour nom «War Desease Control Station», la station de contrôle des maladies de guerre.
Des recherches bactériologiques menées dans le plus grand secret pendant la Deuxième Guerre Mondiale…
Une trentaine de scientifiques britanniques et canadiens, triés sur le volet, ont donc travaillé à la station dans le plus grand secret. Les soldats et gardiens qui surveillaient l’île n’étaient pas au courant des expériences qui y étaient menées. À l’ouest de la station, le projet R était consacré à l’étude de la peste bovine. À l’est, on travaillait au projet N, c’est-à-dire sur l’anthrax, un bacille virulent qui avait déjà été expérimenté sur une colonie de moutons, dans une île isolée d’Écosse, et avait tué tous les animaux en quelques jours, contaminant les lieux au complet.
Il y avait plusieurs avantages à développer l’anthrax : on pouvait facilement l’introduire dans des bombes, et on possédait déjà un antidote en cas de contamination. En 1943, le premier ministre britannique, Winston Churchill, pressait les Canadiens d’accélérer la fabrication de bombes à l’anthrax en vue d’une attaque qui visait six villes allemandes, dont Berlin, Stuttgart et Francfort. Ce projet d’attaque a finalement été abandonné. Avec l’arrivée de la bombe atomique et la reddition de l’Allemagne, l’utilisation des armes biologiques n’était plus nécessaire…
Mais entre-temps, des techniciens qui travaillaient sur Grosse-Île ont été contaminés par l’anthrax et transportés dans un hôpital de Québec, où ils ont été mis en quarantaine. Une fuite se serait également produite dans l’une des citernes. Des mouches ont été détectées sur les plateaux contenant l’anthrax, ce qui présentait un risque de contamination élevé, étant donné que les ces insectes se déplacent facilement et peuvent transporter les bactéries.
Les activités de production d’armes biologiques cessèrent en 1956. L’inventaire des produits d’anthrax qui se trouvait toujours sur Grosse-Île à la fin des travaux était de 439 litres d’anthrax, soit une quantité suffisante pour tuer 30 fois toute la population mondiale de l’époque…
Thomas Stovell, l’un des scientifiques qui ont travaillé dans la station à l’époque, fut chargé de la décontamination des laboratoires qui avaient servi à la fabrication de l’anthrax. Stovell affirme que les stocks d’anthrax furent transportés dans des barils, mélangés à des solvants, puis jetés dans le fleuve Saint-Laurent. Or, l’anthrax reste actif et dangereux pendant une centaine d’années après sa fabrication. De quoi donner des frissons dans le dos…




















